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Sacrée Tarantino ! Toujours près à faire le buzz pour attirer l’attention sur ses projets et au passage créer l’attente chez le spectateur. En 2014 son coup de gueule avait fait le bonheur des médias suite à la fuite du scénario de son nouveau western « The hateful Eight » (finalement dû à l’agent de Bruce Dern). Quentin dépité, annonça qu’il abandonnait le projet. Rétrospectivement cette réaction peut sembler exagérée étant donné qu’il avait lui-même mis sur le net le scénario de son « Django Unchained » et cela près d’un an avant la sortie du film. Quelques mois plus tard à Los Angeles, il organise une lecture publique du scénario par le casting prévue à l’origine. Devant le succès et les retombées médiatiques de l’événement, Tarantino annonce la mise en chantier du film. Malin le Quentin !

Huit clos sous la neige tourné en « glorieux 70 mm » (format réservé aux supers productions tel que « Lawrence d’Arabie » ou « Ben Hur »), Tarantino réalise encore un film à la gloire du cinéma. Dès l’incroyable séquence d’ouverture le ton est donné ; juste un plan, un zoom arrière de trois minutes et la musique implacable d’Ennio Morricone (ressuscité pour l’occasion). On pense d’abord au « Grand silence », le western hivernal de Sergio Corbucci mais c’est au final le croisement improbable entre « Réservoir Dog », « Mort sur le Nil », « The Thing » et… « Evil Dead ». Tarantino signe ici son film le plus radical, et si l’humour est bien présent comme à chaque fois, il n’a jamais été aussi noir et désespéré. Ici pas de bande son « Funky » ou de second degré qui pourrait désamorcer les situations, le film est très frontal.

En dire plus serait criminel mais « Les Huit Salopards » est formidablement bien écris avec des personnages inoubliables qui ont tout le temps (presque trois heures !) d’exister à l’écran. Comme pour « The Thing » les salopards du titre sont tous contaminés, pas par une entité extraterrestre comme dans le chef d’œuvre de John Carpenter, mais bel et bien par la haine. Tarantino nous dépeint une Amérique pas encore remise de la guerre civile et la sois-disante stabilité (politique, raciale) du pays n’est qu’un leurre. Enfermé les dans une cabane quelques heures et ils s’entretueront allégrement. De plus il n’est pas impossible d’y voir aussi une analogie avec l’Amérique actuelle (remplacez Lincoln par Obama). On n’avait jamais vu Quentin si nihiliste.

Evidement les acteurs sont parfait et il faudrait les citer tous, mais plus spécifiquement Samuel Jackson qui est absolument incroyable en Major Warren (sorte de Django qui aurait mal tourné suite à la guerre). On n’est pas près d’oublier le passage de « l’anecdote », scène jubilatoire et salace amenée à devenir culte dans un film qui en contient déjà pas mal. Sa prestation aurait largement mérité une nomination aux Oscars. Nomination qu’a obtenue Jennifer Jason Leigh qui ne démérite pas non plus tant son personnage de Daisy Domergue est à la fois pathétique est totalement démoniaque (Tarantino dit s’être inspiré d’une des disciples de Charles Manson).

Effrayant, malsain et jubilatoire le dernier Tarantino est un véritable régal et d'ore et déjà l’un de ses meilleurs films. Donc ne croyez pas les avis (plus que mitigés) de la presse et aller voir « Les huit Salopards » au cinéma. Et puis vous en connaissez beaucoup vous des metteurs en scène qui reçoivent les excuses des pirates qui ont mis leur film sur le net ? Moi pas, alors respect !